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La poétique de l’espace

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La poétique de l’espace

« La route montait encore vers un paysage qui rappelait un décor de fond peint. Creusée dans une brèche d’argile rouge couronnée de chênes, la route paraissait s’arrêter brusquement comme un ruban coupé. Sur un côté, une église délabrée élevait de guingois son clocher comme une église peinte, et le paysage tout entier était aussi plat, aussi dénué de perspective qu’un carton peint, dressé au bord extrême de la terre plate, sur les espaces de soleil éventé, avril et le matin tout frémissant de cloches ».
W. Faulkner - Le bruit et la fureur

« On ne peint pas d’après la nature, mais d’après la peinture ».
André Malraux

Il est banal de dire que les lieux, les espaces littéraires sont devenus des lieux sacrés.
Combien sont les personnages, comme Hamlet, le Roi Lear qui sans l’espace où ils agissent ne seraient pas ce qu’ils sont ?
Il ne s’agit pas d’une émanation réaliste de l’œuvre à partir d’une description géographique. Tout au contraire ; ce n’est pas on ne sait quel espace ou lieu qui inspire l’œuvre de l’écrivain, mais bien le personnage lui-même. On peut penser à Faulkner, à Thomas Mann, à Raymond Roussel, aussi.

C’est qu’il n’y a pas une géographie à priori, mais des personnages qui inventent les lieux dans lesquels ils se déploient.
Si l’on prend la Montagne Magique, cette montagne, le Sanatorium, c’est bien celui de Hans Castorp et d’aucun autre.

On peut dire que se sont les romans qui inventent les paysages de l’âme.
C’est l’investissement culturel, légendaire qui choisit, crée le paysage.
Ce sont des paysages mythiques.
C’est l’aspect créateur de l’écriture littéraire qui privilégie tel ou tel regard sur les espaces ou les choses.
On pourrait montre comment Stendal privilégie pour exalter tel ou tel sens de son œuvre, une Italie imaginaire, une bataille de Waterloo tout aussi imaginaire.
Il n’en reste pas moins qu’il s’agit de représentations ou de souvenirs de son enfance.

C’est bien la nécessité du récit qui secrète son paysage.
Ce sont les états intérieurs qui créent les paysages, les espaces.
Le personnage évolue dans un espace crée pour lui.

Même si cet espace est entre imagination et réalité, ou mémoire.
L’œuvre littéraire crée son espace, sa région, son paysage nourricier.

On dit bien que ce sont les romans de Dostoïevski qui créent la Russie.
Dans la Montagne Magique, le Sanatorium, est le lieu, l’espace où se fondent les figures de Hans Castorp.
La créativité littéraire suppose un espace, entre réalité et imaginaire. Elle crée en sélectionnant, en privilégiant son espace.

On connaît les dessins de Stendal pour cerner les moments de son récit.

L’œuvre de Faulkner prend forme peu à peu dans un simple décor.
Personne plus que l’auteur n’a conscience de ce récit qui se constitue en décor et réciproquement de ce paysage imaginaire qui entraîne le récit.
L’histoire du Sud Américain, ses fragments de souvenirs, la guerre de sécession ouvrent à Faulkner comme il le dit « une mine d’or... et c’est ainsi que je créai un monde qui m’appartint »

Donc « Poétique de L’espace »

Une âme, un paysage
Un état d’âme, un paysage
Travailler sur le rapport âme et paysage

Partir d’un état d’abord, d’un état qu’on donnerait à un personnage et développer sa vision de l’espace

C’est par la vision de l’espace qu’on percevra l’état d’âme du personnage.
En partant éventuellement d’un souvenir, plus certainement de plusieurs souvenirs.
Pas le lieu comme sujet, mais l’espace comme état d’âme
Ou formé de tout pièces ; comme chez Roussel
« Quitter ce brouhaha de la place, lui tourner le dos, s’arracher à cette brûlure du soleil.
Une ombre tiède qui pue l’urine et la cave inondée, le pousse là-bas - vers personne - Tout se répète, les pavés les graffitis obscènes sur les murs, les grilles rouillées des fenêtres. Et tout ça se jette à chaque fois dans l’eau rauque, malade d’un canaletto.
Quelque fois, par hasard, contre une porte morte, une vieille cloquée sur elle-même un chat alangui.
Comme un cadeau une place s’offre. Si désertée qu’elle en paraît sauvage avec ses herbes et ses murs fous : d’une si longue solitude ».
M.A.

« La prairie, d’un vert terni semblable à celui de certains glaces anciennes, aux profondeurs indécises, faisait rappel à l’étang le long duquel serpentait entre les viornes, une manière de sentir la barque, l’un noir, l’encre venait parfois y heurter ».
Yves






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